Par
Emilie Lévêque - publié le 13/12/2010
En banqueroute en 2001, sauvée par l'argent
du FMI, la Turquie affiche aujourd'hui une croissance de plus de 7%.
Et ses finances publiques sont saines. Forte de son nouveau statut de
puissance émergente, elle s'ouvre de plus en plus vers l'Orient.
Cela fait cinq ans déjà que
Bruxelles et Ankara ont entamé des négociations d'adhésion
de la Turquie à l'Union européenne. Celles-ci n'avancent
que très lentement, engluées dans le conflit sur Chypre
et surtout dans les réticences de Paris et Berlin à un
élargissement de l'Europe à un pays de 73 millions d'habitants.
Sauf qu'entre temps, la Turquie a pris son envol. Fort d'un produit
intérieur brut (PIB) d'environ 750 milliards de dollars (570 milliards
d'euros, soit environ quatre fois moins que la richesse nationale française),
le pays s'affirme aujourd'hui comme une nouvelle puissante émergente,
dans le sillon de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de la Russie.
Sur les neuf premiers mois de 2010, l'économie turque a progressé de
8,9%. La croissance du PIB turc devrait atteindre 7,5% sur l'ensemble
de l'année. Un chiffre à faire pâlir d'envie les pays de la zone euro,
au premier rang desquels la France dont la croissance sera de 1,6% en
2010.
La Turquie n'a pourtant pas échappé à la récession mondiale : en 2009,
son PIB s'était contracté de 4,7%. La relative rapidité de la reprise
doit beaucoup à la stabilité de son secteur financier, assaini au début
des années 2000 dans le cadre d'un prêt accordé par le FMI. Aujourd'hui,
la croissance de l'économie turque est tirée par une envolée du crédit
aux ménages et aux entreprises.
Un déficit public à 4% du PIB
Et ses finances publiques sont plutôt saines, comparées à celles de
la plupart des pays de la zone euro: sa dette atteint 40% du PIB (20
points de moins que les exigences du traité de Maastricht), son déficit
4%. Le pays est en excédent primaire (excédent budgétaire hors charges
de la dette) depuis plusieurs années, ce qui lui permet de réduire progressivement
sa dette. Son déficit devrait passer sous les 3% du PIB en 2011.
Bref, à part son inflation qui frôle les 7%, la Turquie remplit les
critères pour entrer dans la zone euro. Sauf qu'elle ne veut pas de
la monnaie unique. Le ministre turc de l'Economie Ali Babacan a déclaré,
dans une interview vendredi 10 décembre au quotidien économique allemand
Handelsblatt, qu'il "n'avait aucune envie d'appartenir à la zone
euro" actuellement. Certes, avec ses pays au bord de la faillite
et ses mécanismes de solidarité qui laissent à désirer, la zone euro
n'est plus aussi séduisante qu'il y a trois ans, avant la crise.
"La Turquie n'a aucun intérêt à entrer dans la zone euro, explique
Deniz Ünal, économiste au CEPII. Cela ferait bien sûr baisser ses taux
obligataires [environ 8% actuellement], mais vu le taux d'inflation,
ce n'est pas un problème aujourd'hui pour le pays. Par contre, elle
perdrait de facto sa souplesse monétaire, qui lui a permis d'amortir
le choc de la récession mondiale."
L'UE représente moins de 50% des exportations turques
Au-delà de la zone euro, c'est l'adhésion à l'Union européenne elle-même
qui est remise en question aujourd'hui. D'abord parce que la lenteur
du processus d'adhésion a eu raison de l'enthousiasme de l'opinion publique
turque pour la maison Europe. Ensuite parce que les pays européens sont
des partenaires économiques majeurs pour la Turquie, mais pas essentiels.
L'UE absorbe actuellement un peu moins de 50% des exportations turques.
Mais vu les perspectives de faible croissance de la demande intérieure
européenne ces prochaines années, en raison notamment des plans de restriction
budgétaire, cette part devrait se réduire. Sans trop de pleurs pour
la Turquie qui, depuis le début des années 2000, s'est ouverte sur les
pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. L'Iran et l'Irak sont
deux marchés à fort potentiel de croissance pour Ankara. Sans oublier
la Russie, avec qui la Turquie entretient d'étroites relations commerciales.
Aujourd'hui, les Turcs regardent avec un certain amusement ce qui se
passe en Europe, confie Deniz Ünal: les plans de secours du FMI, assortis
de contraintes budgétaires et de réformes structurelles, ils ont connu
cela en 2001. Et ils s'en plutôt sont bien remis. La Turquie aura d'ailleurs
remboursé la totalité de son prêt de 15 milliards de dollars en 2013.
Source : www.lexpansion.com
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