Jamais
l'avenir du continent noir n'a semblé aussi souriant : c'est
ce que veut croire cet éditorial du Times. Le quotidien a organisé
le 22 mars à Londres un sommet, réunissant PDG et chef
d'Etats africains, sur les conditions favorables à un développement
de ce "grand marché".
23.03.2011 | Editorial | The Times
Alors que
les pays d'’Afrique du Nord sont en proie aux convulsions de la
rébellion, de la répression et de la guerre, le moment
semble idéal pour s’interroger sur l’avenir du continent.
C’est justement l’objectif du premier Sommet des PDG africains
organisé par le Times, qui se tient ce 22 mars Londres et au
cours duquel interviendront entre autres le président du Rwanda,
Paul Kagame, le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba et le ministre
britannique des Affaires Etrangères, William Hague.
Ce sommet aborde des questions cruciales pour l’Afrique. Le potentiel
économique de ce continent de 860 millions de consommateurs est
énorme. On a découvert du pétrole et du gaz en
Ouganda et en Tanzanie. Les entreprises locales sont florissantes, à
tel point que l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote
— qui participe au sommet — pourrait devenir le 51e homme
le plus riche du monde en investissant dans les marchés africains
du sucre, de la farine et du ciment. Les investissements étrangers
commencent également à affluer.
L’amélioration des critères de gouvernance est une
condition essentielle à la prospérité du secteur
privé. Quand le doute plane sur la mise en œuvre des contrats,
quand les autorités légales n’ont aucun poids, quand
les infrastructures nationales sont inadéquates — et ce
sont là des problèmes récurrents —, c’est
qu’un gouvernement efficace fait cruellement défaut.
Dans toute l’Afrique, les investissements synonymes de prospérité
attendent la mise en place d’infrastructures adéquates,
par exemple dans les télécommunications et les finances.
Le progrès ne peut en outre se faire qu’avec des populations
en meilleure santé et alphabétisée. Quand les gouvernements
sont incapables d’éradiquer la corruption ou de consolider
leur base fiscale, ils ne peuvent offrir la stabilité et la certitude
dont ont besoin les investisseurs.
La diversité des régimes en Afrique met aussi en lumière
une des questions primordiales de notre époque. Si l’avenir
économique du monde doit être une variante du capitalisme,
on peut cependant s’interroger quant à la forme que prendra
ce dernier. En dépit de tous ses problèmes de corruption,
le Kenya tente de se doter d’un modèle reposant sur la
libre expression, une économie de marché et un système
politique susceptible de satisfaire une classe moyenne de plus en plus
aisée.
L’Ethiopie, par exemple, propose un autre modèle de développement.
L’économie y est fortement dominée par l’Etat,
qui ne tolère aucune opposition. Son taux de croissance récent,
sous la tutelle du Premier ministre, Meles Zenawi, est impressionnant,
mais il y a tout lieu de se demander si une telle croissance peut se
maintenir, sachant qu’elle dépend d’un prix du pétrole
à la hausse.
Les mouvements en faveur de la liberté en Afrique du Nord posent
une fois de plus la question fondamentale de savoir si les gouvernements
peuvent imposer durablement un contrôle aussi strict. Peut-être,
tant qu’ils sont soutenus par les investissements chinois. Car
si les Indiens et les Saoudiens ne sont pas loin derrière, la
présence chinoise est la grande nouveauté dans le développement
africain.
Une nouveauté qui doit composer avec deux vieilles réalités.
La première, ce sont les conflits. L’absence de gouvernements
disposant d’une autorité nationale implique que des conflits
ethniques et tribaux continuent de dégénérer en
guerre civile. La seconde tient à la misère affligeante
des Africains, qui fait pâlir les formidables perspectives qui
se profilent à l’horizon.
L’Afrique souffre durablement de bien des problèmes, mais
jamais l’avenir n’a semblé aussi souriant. La mission
des démocraties, qui ont la chance d’être riches,
est d’accompagner les pays d’Afrique. Les rencontres comme
ce sommet représentent une étape sur cette voie.
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